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Nicotine
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Tabac et Nicotine : La defume

nicotine
Nicotine
Depuis très longtemps, en particulier depuis que Claude Bernard s’y est intéressé au milieu du XIXe siècle, la nicotine a passionné les chercheurs. Les ganglions sympathiques contiennent des neurones dont les fibres constituent les nerfs qui accompagnent les artères dans leur trajet. Lorsqu’on les badigeonne avec de la nicotine, elle stimule ces neurones. Ils font alors se contracter les branches lointaines de ces artères. C’est très visible lorsqu’il s’agit de celles de l’oreille d’un lapin que l’on voit blanchir. Il s’agit bien d’une stimulation, car si l’on coupe les nerfs, les artères se dilatent et l’oreille rougit.

Cette expérience est à la base d’une l’énorme avancée scientifique. On a découvert que les nerfs agissaient parce qu’ils libéraient certaines molécules chimiques à l’extrémité de leurs fibres. Quand on stimule le nerf d’un muscle, on observe une contraction ou un relâchement selon la substance chimique libérée et la nature du muscle. De la même façon, quand un neurone s’articule avec d’autres neurones, les substances qu’il sécrète à leur contact peuvent stimuler ou freiner leur activité. Tout se passe comme si les neurones émettaient des odeurs, reçues par divers « nez » qui réagissent selon la nature de leur porteur.

du bon tabac
j’ai du bon tabac …
Celle d’une fumée de cigare attirera le fumeur en manque et fera fuir un non-fumeur. Cette transmission chimique de l’information a fait donner à ces molécules le nom de « neurotransmetteurs » ou « neuromédiateurs ». Pour que l’information passe d’un neurone à un autre neurone ou à un muscle, il faut non seulement que le neuromédiateur soit libéré, mais que le muscle ou le neurone qui en est la cible le reconnaisse. A la surface de leur membrane se trouvent donc des « récepteurs » qui sont comme des serrures dont le neuromédiateur serait la clé. Bien évidemment, qui dit serrures dit fausses clés. La nicotine en est une.

La bonne clé du récepteur sur lequel agit la nicotine est une molécule simple, l’acétylcholine. C’est pourquoi on les appelle récepteurs cholinergiques. Mais il y a deux variétés de ces « serrures cholinergiques ». La nicotine ne sait ouvrir que l’une d’entre elles. C’est pourquoi on donne à ce type de récepteurs le nom de récepteurs « nicotiniques » (l’autre est ouverte par une autre « fausse clé », la muscarine, qui donne sa toxicité au fameux champignon rouge à points blancs, l’amanite tue-mouches).

tabac et lutte
tabac et lutte

La pharmacologie de la nicotine

La nicotine a donc été pour les chercheurs, en pharmacologie et en biologie moléculaire, un merveilleux outil d’analyse. C’est le mérite de Jean-Pierre Changeux 3 d’avoir le premier révélé, à partir de l’organe électrique du poisson-torpille, comment étaient constitué un récepteur nicotinique et comment il fonctionnait. On a depuis décrit de nombreuses variétés de ces récepteurs, aussi bien au niveau de muscles divers que des neurones du système nerveux central. Ces récepteurs sont présents un peu partout dans l’organisme, même sur la membrane de cellules comme les globules blancs qui n’ont rien à voir avec le système nerveux. Ils participent à des fonctions vitales essentielles et très variées. Cela explique la très grande toxicité des poisons qui perturbent leur fonctionnement. , comme la nicotine ou certains venins de serpents.

Pendant que ce groupe de chercheurs se passionnait d’une façon tout à fait indépendante pour ces récepteurs, ceux qui s’intéressaient au tabagisme (arreter la cigarette) étaient également obligés de prendre en compte la nicotine, puisque c’est tout de même l’alcaloïde principal du tabac. Hormis quelques curiosités botaniques comme tomates, aubergines et chèvrefeuille où l’on en trouve des traces, on ne la trouve en abondance que dans le tabac. Ces chercheurs questionnaient donc les premiers pour tenter de comprendre pourquoi il était si difficile de se passer de tabac. Dialogue de sourds.

arreter cigarette
Arreter Cigarette
Les choses avancèrent cependant quand l’industrie pharmaceutique se mit à financer des travaux sur la nicotine. En effet l’habitude des équipages de sous-marins de se mettre à la chique quand ils étaient à bord où ils n’avaient pas le droit de fumer donna l’idée à un suédois, Fernö, de faire préparer un chewing-gum à la nicotine pour aider les fumeurs à s’arrêter. Certes, les succès n’étaient pas mirobolants, mais c’était la première fois qu’un médicament améliorait le pourcentage de réussite d’arrêt du tabac dans des études scientifiquement contrôlées le comparant à un produit factice, inactif, un « placebo ». Une quantité considérable de travaux scientifiques vit alors le jour, souvent hélas clairement destinés à stimuler les ventes de nicotine pharmaceutique.

Dès lors, on assimila peut-être un peu hâtivement l’attachement au tabac aux seuls effets de la nicotine.

L’important en effet est d’essayer de comprendre pourquoi le fumeur est si accroché au tabac. Charles Richet parlait d’engourdissement, émoussant la sensibilité des organes, d’une sorte d’anesthésie. Il est vrai qu’avant la découverte des anesthésiques, les chirurgiens des guerres de l’Empire faisaient fumer une pipe aux blessés pendant qu’ils les amputaient. Les vertus anesthésiques de la nicotine ne sont cependant pas majeures. Seuls quelques chercheurs ont dit que le rat recevant de la nicotine était moins sensible à la douleur, mais cet effet est léger et n’est pas toujours retrouvé. En cela la nicotine se différencie radicalement de la morphine et même de l’alcool.

La nicotine : un stimulant cérébral ?

fumeur
fumeur
Selon beaucoup de travaux, la nicotine stimulerait la mémoire, la vigilance et les performances intellectuelles. Il est clair qu’elle modifie le fonctionnement du système nerveux. D’une manière générale, elle provoque, chez le fumeur, la sécrétion de substances appelées catécholamines, dont l’adrénaline et la dopamine sont les représentants les plus connus. L’adrénaline est une hormone fabriquée par la glande surrénale qui la déverse dans le sang. Les nerfs sympathiques, lorsqu’ils sont stimulés, libèrent à leur extrémité une molécule voisine, la noradrénaline qui est un neuromédiateur. Les effets de l’adrénaline et ceux de la stimulation du système nerveux sympathique sont voisins. Ces substances stimulent une zone particulière du cerveau (locus cœruleus, substance réticulée activatrice) et réveillent un animal qui dort.

Elles augmentent la vigilance, l’attention. La dopamine est un autre neuromédiateur. La nicotine provoque sa sécrétion dans d’autres structures cérébrales (striatum ventral chez l’Homme, nucleus accumbens chez le Rat), ce qui augmente l’activité motrice. On peut facilement observer qu’un rat devient plus actif dans sa cage sous l’influence de la nicotine. On mesure cette activité en comptant le nombre de fois où il coupe le faisceau d’une barrière infrarouge lors de ses déplacements. On peut donc attribuer sans discussion à la nicotine le pouvoir d’éveil.

Des tests un peu compliqués permettent de démontrer que la nicotine facilite la mise en mémoire immédiate et la rapidité d’exécution d’une tâche. Mais ces effets sont relativement discrets. Ils sont difficiles à mettre en évidence chez l’Homme. Le fumeur dit souvent que le tabac améliore ses performances intellectuelles. Est-ce une réelle amélioration, ou est-il incapable de faire quelque chose de sensé lorsqu’il est privé de tabac, parce qu’il ne peut penser qu’à çà? La cigarette lui permettrait simplement de retrouver la possibilité de fonctionner normalement. Pour démontrer un effet réellement positif, il faudrait qu’elle améliore les performances d’un non-fumeur. Mais, aux doses absorbées par le fumeur, elle le rend tout bonnement malade et ses performances s’en ressentent défavorablement.

Administrée à très faible dose à des non-fumeurs, elle accélère un peu leur vitesse de réaction. Ils répondent un peu plus vite aux tests et font un peu moins d’erreurs. Mais il s’agit d’expériences « aiguës », jugeant de l’action immédiate de la nicotine. Or une tolérance à ses effets se développe rapidement. Qu’en serait-il si le non-fumeur en prenait de façon continue ?

Si les fumeurs étaient systématiquement plus efficaces dans la vie, plus rapides, s’ils avaient meilleure mémoire que les non-fumeurs, cela finirait par se savoir. Les entreprises recruteraient de préférence ceux dont le curriculum vitae dirait qu’ils en sont à trois paquets par jour. Les fumeurs seraient majoritaires dans les classes de très bons élèves préparant des concours difficiles. Les plus gros fumeurs sortiraient de polytechnique « dans la botte ». Au contraire, ce sont les élèves en difficulté scolaire, dans les classes de rattrapage qui fument le plus. Pour ma part, les premières semaines de sevrage passées, je n’ai pas eu l’impression en rejoignant les ex-fumeurs d’avoir senti diminuer mes capacités de travail intellectuel. Surtout, contrairement à une opinion un peu à la mode, je suis certain que ce qui me poussait à fumer n’était pas la recherche d’une stimulation intellectuelle.

Un de mes étudiants a fait passer des tests de mémoire et d’efficacité psychomotrice à trois groupes de personnes. Il y avait des non-fumeurs de toujours, des fumeurs et des fumeurs en cours d’arrêt du tabac. Toutes les semaines pendant 6 semaines, et la veille de l’arrêt pour ceux du dernier groupe, on leur présentait des images d’objets variés. On leur lisait aussi à haute voix une liste de mots. On leur demandait alors à intervalles divers ce dont ils se souvenaient. De plus, un écran d’ordinateur se remplissait de lettres de l’alphabet tirés au hasard. Ils devaient en maniant la souris cliquer sur une lettre X sur deux dans une séance de trois minutes. Un logiciel comptait le nombre de clics corrects et le nombre d’erreurs.

Nous n’avons relevé aucune différence entre les performances des trois groupes. Peut-être le groupe de ceux qui s’arrêtaient aurait-il été un peu perturbé si nous l’avions testé le lendemain ou le surlendemain de l’arrêt. Mais, après une semaine, on ne voyait absolument rien. Il est donc peu vraisemblable que la recherche d’un meilleur fonctionnement psychique soit la clé de l’accrochage à la cigarette.

La nicotine : relaxant ou anxiogène ?

L’éveil n’est qu’un des aspects des effets de la sécrétion d’adrénaline et de la stimulation sympathique tels qu’ils ont été vus par le physiologiste anglais Cannon. Il observait les réactions du chat quand il est agressé. La pupille se dilate, le poil se hérisse, l’animal fait le gros dos, ses pattes sont raidies parce que ses muscles sont tendus (le mot stress qui signifie tension insiste bien sur cet état particulier). Dans le même temps, le cœur s’accélère, le foie libère du glucose dans le sang pour faire face à l’effort musculaire à venir. Ainsi, l’animal mobilise son énergie pour une réponse rapide et efficace. Selon l’expression célèbre de Cannon, il se prépare soit au combat soit à une fuite éperdue (fight or flight).

On sent bien que ce sont les mêmes effets physiologiques que déclenche chez nous une agression. Un bruit anormal dans la maison la nuit, le cœur se met à battre, on est immédiatement tout à fait éveillé, on devient sensible au moindre craquement. Surtout, on se sent tendu, contracté, prêt à la défense. Cet éveil et cette tension musculaire ont une même cause, la stimulation cérébrale par l’adrénaline et la noradrénaline. La nicotine fait sécréter ces catécholamines. Elle a les mêmes effets d’éveil que le stress.

Beaucoup de fumeurs disent que le tabac les stimule, les éveille, leur permet de mieux travailler. Ils tiennent mieux le coup dans des conditions difficiles demandant des efforts intenses, une lutte contre le froid. Ils peuvent rester vigilants tout au long d’une nuit de garde. L’effet cérébral de la nicotine devrait donc être absolument superposable à celui du stress.

La nicotine devrait donc augmenter la tension musculaire. Or la majorité des fumeurs dit au contraire que le tabac les calme, les détend, les relaxe lorsqu’ils sont anxieux et stressés. C’est même la réponse qui vient en premier dans 80% des cas quand on pose la question : « Quelle vertu trouvez-vous à la cigarette ? ». Ce paradoxe a été souligné par l’Américain Nesbitt qui lui a donné son nom. Certes il n’est pas paradoxal qu’un produit puisse être stimulant et également sédatif, mais pas en même temps. Cela dépend de la dose et aussi du délai après l’absorption. C’est clair avec l’alcool. Les débuts de l’ivresse se caractérisent par une excitation parfois violente, puis c’est la torpeur, quand on cuve son vin. Mais il est tout à fait paradoxal qu’un produit puisse stimuler et détendre simultanément.

On a cherché des explications biologiques. La nicotine en effet ne se contente pas de faire sécréter des catécholamines. Il existe dans le cerveau des récepteurs sur lesquels agissent les tranquillisants (Valium®, Temesta®…). Le neuromédiateur qui stimule naturellement ces récepteurs est le GABA (acide gamma aminobutyrique). La nicotine est capable d’en faire sécréter. Elle peut faire également sécréter certaines endorphines, qui sont des substances analogues à la morphine normalement produites dans l’organisme. Cette hypothèse pose cependant le problème de la simultanéité de l’action stimulante et relaxante. Si l’on plonge la main dans un mélange d’eau chaude et d’eau froide, on n’a pas à la fois une sensation de chaud et de froid, mais la sensation intermédiaire plus ou moins tiède.

D’autres explications seraient plus psychologiques. Nesbitt en propose deux. La première est que le fumeur est habitué aux effets stimulants de la fumée de tabac, qui sont analogues à ceux du stress. Face à une situation stressante, il attribuerai à sa cigarette les effets ressentis. La seconde serait que la stimulation quasi permanente de son système nerveux sympathique par la cigarette serait d’un niveau déjà tellement élevé qu’il ne pourrait guère être accru. L’effet d’un stress extérieur serait alors à peine perçu, noyé dans un « bruit de fond » intense, comme on perçoit mal ce que l’on essaie de vous dire dans le brouhaha d’une foule bruyante. L’objection est que les fumeurs déclarent que, face à une situation stressante, une cigarette les calme et les détend. Ils attribuent donc à la cigarette un effet curatif sur le stress. Or, selon les hypothèses avancées, il serait préventif, celui qui aurait déjà beaucoup fumé percevant moins les effets du stress.

On a beaucoup trop tendance à confondre stress et anxiété. La différence est importante. Le stress est une réaction physiologique à une agression. Il n’implique pas l’anxiété. Un boxeur sur un ring est dans un état de stress extrême. Muscles tendus, cœur battant à tout rompre, hypervigilant au moindre mouvement de l’adversaire. Mais il n’est pas anxieux du tout, il est entièrement dans l’action. L’anxiété est au contraire le sentiment diffus qu’une catastrophe, une attaque va se produire. Cela déclenche une réaction de stress, mais sans qu’il y ait agression réelle. J’imagine que le malaise ressenti vient de la discordance entre une préparation intense à l’action, combattre ou fuir, et une impossibilité à agir.

Ne sachant d’où peut venir le danger, on ne peut savoir contre qui ou quoi se battre, ni où fuir pour trouver la sécurité. Mais on perçoit que son cœur bat fort, que l’on est tendu. Ces manifestations physiques liées au stress donnent une réalité à la situation Cela vient augmenter l’angoisse. Il peut alors s’instituer un cercle vicieux conduisant à un accès de panique.

Il n’est que deux solutions pour sortir de cet état. Ou bien étouffer la réaction végétative par des médicaments, tranquillisants, bêtabloquants qui vont détendre les muscles et ralentir le cœur. Ou bien agir, de quelque manière que ce soit, pour évacuer ce besoin d’action qui n’a pas d’objet défini. On peut le faire par une agitation désordonnée, mais qui risque d’accroître la panique. On peut aussi trouver un bouc émissaire sur qui décharger son agressivité. On peut canaliser son énergie dans des actions structurées, rituels, prières, sacrifices symboliques…

La cigarette peut faire tout cela. D’où les explications « comportementales » justifiant son usage. La tripoter, l’allumer, même les mains tremblantes d’angoisse, c’est déjà agir, faire quelque chose. C’est aussi satisfaire à un rituel déjà bien appris. C’est aussi un exutoire à l’agressivité, un simulacre de combat, un sacrifice, une destruction par le feu qu’on complète en écrasant ce mégot plusieurs fois dans tous les sens dans le cendrier, voire en finissant de le détruire en le dilacérant avec un reste d’allumette. C’est aussi un simulacre de fuite derrière un écran de fumée protecteur, qui enveloppe de plus dans une atmosphère chaude et rassurante. C’est aussi la fumée qui racle la trachée, ce qui prouve que quelque chose peut quand même passer au travers de la gorge serrée par l’angoisse, et donc qu’on respire, spiritus, donc qu’on vit.

Tout ceci joue certainement un rôle majeur pour expliquer que la cigarette permet de gérer une situation angoissante. Mais si le soulagement de l’anxiété par la simple manipulation d’une cigarette expliquait que certains deviennent dépendants, pourquoi serait-elle nécessairement de tabac ? . Une cigarette d’eucalyptus, voire toute autre fumée, même non directement inhalée comme celle d’un bâtonnet d’encens ? Elle ferait d’autant mieux l’affaire que, privée de nicotine, elle n’augmenterait pas l’anxiété. Car nous avons la preuve que le tabac élève le niveau d’anxiété, vraisemblablement par un effet de la nicotine, car les scores aux tests psychologiques qui le mesurent diminuent progressivement quand on arrête de fumer.

Lorsqu’un fumeur tente de s’arrêter, il se plaint souvent d’être énervé, agressif et irritable. C’est sans doute en partie un stress lié à l’arrêt. Tout s’arrange lorsqu’il refume. Il est donc difficile de dire si cet effet calmant est un effet primaire de la nicotine, sur certains sujets et dans certaines conditions, ou si c’est simplement que fumer supprime le manque. Il faudrait savoir si la nicotine a un effet calmant chez les non-fumeurs, mais elle les rend malades à des doses parfaitement tolérées par les fumeurs.

Je crois que la solution du paradoxe de Nesbitt était connue bien avant qu’il soit décrit. En 1969, Domino, un physiologiste américain, avait montré dans l’indifférence générale que le réflexe rotulien diminuait si l’on fumait une cigarette. Ce réflexe que recherchent tous les médecins en vous tapant sur le genou avec leur petit marteau explore entre autres le niveau du tonus musculaire, c’est à dire le degré de tension des muscles. Cette tension varie selon l’état de vigilance. Celui qui s’endort sur sa chaise a tendance à s’écrouler parce que ses muscles se relâchent. La nuit, lors du sommeil, on est parfaitement détendu. Mais que le réveil sonne brutalement, les muscles se mettent violemment en tension. C’est le réveil en sursaut, qui vous met debout hors du lit, hagard, avant que vous ayez retrouvé tous vos esprits. La diminution du réflexe rotulien sous l’influence de la cigarette démontre bien qu’elle provoque une réelle détente musculaire, comme celle que l’on a dans le sommeil. Nous connaissons depuis longtemps le mécanisme par lequel la nicotine obtient cette relaxation. Lorsqu’un nerf de la moelle épinière commande la contraction d’un muscle, il renvoie vers la moelle un double de cette commande. C’est un dispositif de contrôle qui permet d’éviter des stimulations excessives qui pourraient aboutir à des contractures, à des crampes. Ce duplicata est enregistré par de petits neurones de la moelle. Lorsque la stimulation des muscles est excessive, ces petits neurones disent à ceux qui commandent de se calmer. Or la nicotine stimule directement ces neurones, et donc diminue la tension musculaire. Ainsi, par ce blocage direct au niveau de la moelle, l’effet analogue au stress qu’elle exerce au niveau du cerveau, qui devrait se traduire par une augmentation de tension, ne peut se manifester.

Il ne s’agit donc pas d’un paradoxe. Le cerveau du fumeur est réellement stimulé, « stressé » par la nicotine, mais celle-ci, par son action sur la moelle, relâche réellement les muscles. C’est ce relâchement que perçoit le fumeur sous forme d’une « détente ».

Une conséquence inattendue est peut-être l’extraordinaire succès commercial des cigarettes Marlboro. Il pourrait tenir de ce que leur cow-boy fétiche est l’image même de l’effet pharmacologique de la nicotine. Regardez ce héros de westerns redresseur de torts, s’avançant dans la grande rue du village, passant devant le saloon, longeant les échoppes d’où peuvent surgir les méchants. Relax, cool, décontracté, la démarche chaloupée, les bras ballants. Mais si la caméra fait un gros plan sur son visage calme et impassible, l’hypervigilance est manifeste. A l’ombre du Stetson, les yeux sautent rapidement de droite à gauche, rien ne lui est inaperçu…

Soudain, le déluge de mitraille, le bond derrière un tonneau, un tir calme d’une précision et d’une efficacité hallucinante. En effet, lorsque se déclenche un mouvement volontaire, les petits neurones de la moelle qui masquaient l’augmentation de tension musculaire qu’aurait dû produire l’effet « stressant’ de la nicotine sur le cerveau sont mis hors circuit. Le geste bénéficie alors à plein de l’effet cérébral de la nicotine qui, à l’instar du stress, favorise le mouvement volontaire.

Et voilà pourquoi Lucky Luke tire plus vite que son ombre. Regardez le sur la dernière page de la couverture de la bande dessinée de Dargaud, alors qu’on lui avait encore laissé sa cigarette. Morris, avec le coup d’œil des grands dessinateurs, avait tout vu et tout traduit. Le saut du Stetson et du foulard, symbole de l’hyper vigilance et de la vivacité de la réponse motrice. Les bras et les jambes demi fléchis, pas du tout ce qu’on enseigne à l’école de tir de la police, témoignent de la relaxation musculaire. La précision du tir qui troue l’ombre en plein nombril et, pour couronner le tout, n’énorme nuage de fumée protecteur comme on n’en a jamais vu sortir du canon d’un revolver.

Paraître « cool, relax », détendu mais prêt à l’action, bien que l’angoisse tenaille le ventre, voilà une image qui peut attirer les adolescents qui cherchent leur place dans un monde de peurs.

Quoi qu’il en soit, pour le fumeur, le tabac apparaît comme le produit à tout faire, se stimuler lorsqu’il a besoin de l’être, ou se calmer lorsqu’il le faut. La capacité d’apaiser les manifestations du sevrage peut être vue comme une des explications possibles de la dépendance, qui apparaîtrait comme un cercle vicieux : On fumerait pour calmer les malaises qui surviennent lorsqu’on s’arrête de fumer. Ce mécanisme ne peut cependant tout expliquer, et en particulier pourquoi, après un an et plus d’arrêt, on reprendrait une cigarette alors que les manifestations de sevrage ne durent guère plus d’une quinzaine de jours.

Source : UnAirNeuf – www.formindep.org – Livre de R. Molimard « la Défume »

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